Nicolas de la Loire – Le GR20 du sud au nord

Dans cette interview, Nicolas nous partage son expérience du GR20 réalisé dans le sens Sud-Nord en juin 2021.

Bonjour Nicolas, peux-tu te présenter s’il te plait ?

Salut, moi c’est Nicolas, j’ai 33 ans et je viens de la Loire, près de Roanne.

En haut du Cinto
En haut du Cinto

Je suis sportif, je pratique le triathlon depuis un an au club de Roanne. C’est un sport complet qui permet de s’évader et en même temps se recentrer sur soi, se défouler et surtout prendre du plaisir en allant chercher le dépassement de soi. Mon boulot permet de travailler ma créativité car je suis parfumeur indépendant, je crée des parfums pour la parfumerie d’ambiance : bougie, diffuseurs, savons, …

Déjà expérimenté en randonnée ?

  • Oui, le TMB en 2020.
  • Une rando des lacs dans les Pyrénées il y a une dizaine d’années sur 2 jours.
  • Une rando sur les crêtes d’Interlaken, magnifique, on peut aussi la faire en courant (trail Hardergrat de 25 km) avec en contrebas le lac bleu azur d’Interlaken en 2020 après le TMB.
  • Une autre rando au Lichtenstein, qui s’est terminée sous un orage diluvien toujours en 2020.
  • Une autre dans le Puy de Dôme en 2019.

Quid de ton GR20 : à quelle période, quel itinéraire ?

En juin 2021, itinéraire en 15 jours du Sud au Nord avec ma mère sur la partie sud et avec des gens rencontrés la partie Nord.

Les crêtes entre Basseta et Prati
Les crêtes entre Basseta et Prati

Les refuges dans l’ordre de notre randonnée : Paliri / Asinau / Bergerie de Basseta / Prati / Capanelle / Vizzavona / Onda / Petra Piana / Bergerie de Vaccaghja / Castel di Vergio / Bergerie de Ballone / Ascu Stagnu / Carrozzu / Ortu di u Piobbu.

Quel était le contexte de vouloir réaliser le GR20 ? Une préparation spécifique ?

Non, pas de préparation spécifique sachant que j’avais fait le TMB l’année d’avant et que dû à une bonne condition physique, je n’avais pas souffert.

On a parlé de faire le GR20 un an avant, mais le Covid est arrivé, donc on a attendu avant de tout réserver au risque que tout soit complet. Et un mois avant, en mai, je suis allé voir ma mère et je lui ai dit : « Allez, on le fait, on réserve tout, on s’adaptera avec la situation ! ».

Puis on a planifié le périple, réservé les refuges, choisi les variantes (dont le Cinto que je voulais absolument faire), ainsi que le sens.

les Aiguilles de Bavella de plus près
les Aiguilles de Bavella de plus près

Bien que le plus commun soit Nord-Sud, on a fait l’inverse car à cette époque, l’enneigement restait très fort et exceptionnel (plus de 3 mètres de neige par endroits), et on s’est dit que 7 jours après, la neige aurait déjà plus fondu. Ce qui fut le cas et j’ai pu passer sans trop de difficultés.

Quel équipement avais-tu emporté ?

J’ai marché avec un sac à dos Forclaz 50 L, 2 gourdes d’1 L d’eau + 1 poche à eau 1 L. Dedans j’ai pris : 4-5 changes, 1 Polaire, 1 survêtement et des tongs pour la soirée.

Pas de tente ni de réchaud, on louait des tentes et prenait nos repas au refuge.

Vue depuis la bergerie de Vaccaghja
Vue depuis la bergerie de Vaccaghja

En guise de nourriture sur le chemin, des barres de céréales et des fruits secs.

En ce qui concerne mes chaussures de marche, j’ai opté pour des McKinley avec des semelles Vibram pour amortir les appuis sur les rochers, qui ont été satisfaisantes, mais ont rendu l’âme à la fin du GR (elles avaient fait aussi le TMB et quelques autres randos).

Et bien sûr, des bâtons de marches télescopiques qui m’ont vraiment bien aidé : aide pour monter, pour descendre aussi car en plantant le bâton avant de faire le pas, cela permet de s’appuyer dessus et d’éviter de glisser sur les sols très pierreux et secs.

Avais-tu pensé à l’aspect Sécurité en préparant le GR20 ?

Oui, surtout dans le nord avec les passages escarpés, et au final, cela a confirmé ce que je pensais : beaucoup de passages sans chaîne, dangereux, on utilise souvent ses mains pour grimper et il ne faut pas hésiter ni faire de faux pas. En prenant son temps et en assurant ses prises, c’est faisable. Fortement déconseillé aux personnes qui ont le vertige.

Bocca alle Porte
Bocca alle Porte

Encore des névés sur le parcours ?

Oui, beaucoup de névés dans le Nord. J’avais des petits crampons à accrocher sous la chaussure mais j’ai pu passer sans trop de difficultés même si cela reste glissant et très dangereux. Il y a eu un moment technique où le névé était très pentu et pour le passer, j’ai eu une petite appréhension.

Epaisseur du névé
Epaisseur du névé

Le plus impressionnant névé fut celui au-dessus des lacs de Capitello et Melo et dont la pente était très raide. Il faut bien assurer ses pas, bien enfoncer ses pieds dans la neige pour un maximum de stabilité, et ne pas regarder trop la pente, surtout si on a un peu le vertige.

Tes impression positives ?

La bienveillance des gens, très bon état d’esprit, d’entraide et de bonne humeur.

Le confort des matelas dans les tentes qu’on louait presque chaque nuit.

Les repas dans certains refuges copieux et très bons.

On a eu de la chance avec la météo, puisque seulement 2 jours de pluie, il faisait beau pour monter au Cinto, et sans nuages pour admirer la vue ! Alors que 2 jours avant, on a su que d’autres randonneurs avaient dû faire demi-tour à cause du brouillard et du mauvais temps qui rendent l’ascension très dangereuse.

Brouillard sur un versant
Brouillard sur un versant

Des impressions négatives ?

Le repas qu’on a refusé de nous servir un soir en arrivant malheureusement trop tard à un refuge (Prati) alors que les gens étaient encore attablés et qu’on venait de marcher 10 heures d’affilée et qu’il y avait surement assez de quantité pour 2 personnes de plus.
Le repas fut un saucisson acheté à l’épicerie et une boîte de raviolis.

Ton plus grand coup de cœur ?

Je ne peux pas en nommer un seul. J’en ai eu plusieurs. Tout d’abord, le lac Nino avec les chevaux en liberté, c’est une vision paradisiaque.

Le lac de Nino
Le lac de Nino

Ensuite, d’arriver en haut du mont Cinto et contempler la vue à 360 degrés.

Puis le Lac de Goria à 4 km de la Bergerie de Vaccaghja, un havre de paix niché dans la montagne corse qu’on découvre petit à petit, apparaissant à la fin de l’ascension.

Le lac de Goria
Le lac de Goria

Etapes et refuges préférés ?

Étapes préférées :

Du refuge de Onda jusqu’à Petra Piana, l’étape est sur les crêtes, c’est magnifique. Et le spectacle du lendemain à l’aube avec les couleurs du ciel, c’est resté gravé dans ma mémoire (et dans mon appareil également 😉

L'aube depuis Petra Piana
L’aube depuis Petra Piana

De Asinau à Bassetta : marche au milieu des pozzines, même si l’étape s’est terminée sous un gros orage 😊

Refuge préféré :

Paliri : super accueil du gardien, surtout après l’orage qu’on a pris sur le chemin pour notre premier jour de marche… Digestif offert, la liqueur de myrte qui fut bien appréciée. J’ai même apporté un seau des restes du repas que j’ai vidé sur le sol pour nourrir un sanglier et un renard, on a assisté ensuite au ballet de ces animaux qui allaient et venaient prendre une peau de pastèque par-ci, une poignée de pâtes par-là, et qui filaient dans les fourrés dès qu’ils entendaient un bruit.

Lever du soleil depuis Paliri
Lever du soleil depuis Paliri

Un message à passer ?

Merci à ma mère d’avoir lancé l’idée de faire le GR20 et Bravo à elle d’avoir fait la partie Sud !

Je tiens aussi à dire que j’ai rencontré un super groupe de copains venant de l’Aveyron et avec qui j’ai marché quelques jours, ou on se retrouvait le soir au refuge. Je les salue !

Une astuce à partager ?

Comme les nuits sont fraîches, il arrivait que les vêtements lavés la veille ne soient pas tout à fait secs, l’astuce était de faire sécher le linge accroché au sac le lendemain pendant la marche.

Un dernier conseil pour les lecteurs qui préparent le GR20 ?

Se préparer à marcher quelques heures par sortie, sur 6 mois au moins avant de faire le GR20.

Le GR20 est dur et les chemins sont très très rocailleux, avec des marches très grandes qui les rendent éprouvants. Des parties où il faut mettre les mains sur les rochers lors de l’ascension, et où on a le vide derrière. Moi j’ai adoré cette sensation, mais ça peut en effrayer certains.

Lac de Capitello
Lac de Capitello

Si tu envisageais de refaire le GR20, changerais-tu quelque chose ?

Le faire dans l’autre sens (Nord-Sud) et commencer par la partie la plus difficile. Voir également la différence de vision du paysage.

Sac qui serait moins lourd, le faire en moins de jours et en courant en mode trail, en doublant voire triplant certaines étapes (dans ce cas, sac de 5 kg max)

Envie de rajouter quelque chose ?

Ce GR20 est à la hauteur de sa réputation : spartiate, dur mais enivrant et beau ! L’aventure est magique ! On est coupé du monde et on ne peut qu’admirer le paysage corse alternant mer, montagne et névés, maquis… Et on est heureux de le finir, de l’avoir fait !

Nicolas en Corse sur le GR20
Nicolas en Corse sur le GR20

Merci beaucoup Nicolas pour ton retour d’expérience. En effet, une magnifique sensation d’accomplissement à l’arrivée, une émotion indescriptible ! Reviens-vite pour ce prochain GR20 trail Nord-Sud ! A bientôt.

5 commentaires à propos de “Nicolas de la Loire – Le GR20 du sud au nord”

  1. Bjr
    Nous l’avons fait en couple (63 et 62 ans) du Nord au Sud avec la solitude en prime, couchage sous tente, repas de soir en refuge.
    Moi 25 kg, mon épouse (parkinsonienne depuis 15 ans) portait 15 kgs
    14 jours, avons doublé une étape
    Meilleur souvenir sportif depuis de longues années
    J’encourage toutes personnes à le faire au moins une fois dans sa vie, si en plus pour se donner le courage de supporter une maladie incurable.
    Bravo à tous

  2. Nous l’avons fait 2 fois avec des ados en1995 (15 et 11ans) et 2000, nord sud en passant par le cirque de la solitude.
    Nous portions nos tentes et repas , pas de repas dans les refuges. Sac maxi 15 et 12 kg.
    Que de très bons souvenirs, de belles rencontres aussi bien des gardiens que d’autres randonneurs.
    Circuit très sportif 13 jours et 12 jours.

  3. Bonjour
    Le GR est devenu une randonnée de touristes avec nuits ,repas et douches en refuge ..et patfois portages de sacs…du n’importe quoi pour des gens qui vont se prendre pour des randonneurs.

    • Bonjour. Je ne peux pas vous laisser dire cela. Certes une forme de tourisme et de services se développent autour du GR20, et des randonneurs optent pour le portage des sacs en effet, mais il est faux d’en faire une généralité. Dans cette interview, Nicolas a porté lui-même son matériel. Depuis le début des interview sur GR20, en 2016, plus de 250 randonneurs ont partagé leur expérience. Seulement 2, sur ces 250 personnes interviewées, avaient choisi une telle formule du porttage du sac, donc je me permets de dire que votre commentaire n’a pas de sens. Le GR20 reste le GR20, ce tracé de 16 étapes, d’environ 180km, et celui que vous avez tres certainement réalisé il ya quelques années est le même que celui réalisé par Nicolas. Hormis surement le contournement du Cirque de la Solitude, mais pour le coup, ceci n’est pas dépendant de notre volonté. Bien cordialement.

      • Bonjour
        Oui on est vite aventurier, nous l avons fait en couple sac 31 kgs, ma compagne 17 kgs, avons dormi dans notre tente, pas en refuge, beaucoup dormaient en gîte ou louaient des tentes sur place, les bagages étaient acheminés par porteurs corses, quels aventuriers qui diront, on fait fait le gr20, question d appréciation….

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