Harold (Québec) randonneur aguerri – Le GR20 en juillet 2019 (+ vidéo)

Harold est québecois. C’est un randonneur plus qu’aggueri qui nous raconte son expérience du GR20 nord-sud, réalisé en juillet 2019, avec son ami Marc. Harold nous livre de précieux conseils, notamment pour les randonneurs en provenance du continent américain !

Bonjour Harold, peux-tu te présenter s’il te plait ?

Me voici, Harold Guillemette, j’habite à Berthier-sur-Mer à 30 minutes de la ville de Québec sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent. Je suis père de deux garçons de 11 et 15 ans. Je suis enseignant en éducation physique et à la santé depuis plus de vingt ans. Je suis diplômé de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Comme mon métier le décrit, je suis un sportif. Mis à part la randonnée, je suis féru de hockey, je suis entraîneur au hockey, football américain, j’ai touché aussi au soccer (football) et en athlétisme.

Harold Guillemette
Harold Guillemette

Je pratique le hockey deux fois par semaine, j’aime aussi le ski, la raquette, le vélo, le jogging (j’ai ralenti un peu). J’aime aussi jouer avec mes garçons ; au basketball, au hockey dans la rue. Je suis une personne qui carbure aux défis, comme les montagnes et différentes compétitions.

Déjà expérimenté en randonnée ?

Cette passion pour la randonnée remonte depuis très longtemps. Lors d’un voyage dans l’Ouest canadien en 1998 pour y apprendre l’anglais et faire du ski. J’ai apprivoisé le « mountain life style » que j’ai adopté immédiatement. J’ai immédiatement ressenti les bienfaits de la montagne sur mon mental et mon physique. En revenant au Québec j’ai commencé à savourer cette nouvelle passion. J’ai commencé par des courtes randonnées, mais rapidement, j’ai voulu aller plus loin. J’ai traversé le parc de la Gaspésie, un 100 km de pur bonheur. En 2001, je me suis rendu au Népal faire le Camp de base de l’Everest et le Kala Patthar, à plus de 5 545 mètres, une aventure qui a changé ma vie de façon positive en rencontrant un peuple des plus généreux. Par la suite, j’ai continué à faire de courtes randonnées au Québec.

En 2006, mon partenaire de marche Marc Bélanger et moi avons traversé le sentier Laurentien dans le Parc National de la Mauricie, un 75 km dans la forêt boréale québécoise. Par la suite, les projets communs se sont multipliés. En 2010, nous avons complété les 650 km du sentier International des Appalaches section Québec (SIA-QC), que l’on appelle le GR A1, entre Matapédia et Cap Gaspé. En 2012, nous avons mis le cap sur la Tanzanie, gravir le célèbre Kilimandjaro perché à plus de 5 895 mètres ainsi que le Méru situés au cœur de la savane africaine. Une expérience sauvage et mémorable en compagnie du sympathique peuple Massaï.

En 2008, nous avons découvert les montagnes du nord-est américain, le paradis de la randonnée. En 2011, nous complétions les 48 plus hauts sommets des white mountains dans l’état du New Hampshire. En 2013, nous avons réussi à grimper les 67 sommets de la Nouvelle Angleterre. En 2016 ce fut au tour des 46 sommets des Adirondacks dans l’état de New York à être complété pour ainsi terminer l’imposante liste de la Northeast, soit les 115 plus hauts sommets (4 000 pieds et plus) du Nord-Est américain Toutes ces montagnes se retrouvent dans les états du Maine, Vermont, New Hampshire et New-York. En 2018, nous avons fait la traversée des Monts Groulx dans le Nord du Québec, 45 km en orientation (GPS et boussole).

Peux-tu nous conseiller quelques randonnées dans ta région ?

Au Québec, je vous conseille la traversée du parc de la Gaspésie, 100 km dans les plus belles montagnes sauvages du Québec avec ses sommets de 1 000 mètres, vous pouvez également explorer le parc en courte randonnée. La région des white mountains est aussi extrêmement belle dans l’état du New Hampshire (États-Unis) où l’imposant Mont Washington domine avec ses 1 916 mètres. Ces deux destinations sont situées à environ 500 km de la ville de Québec.

La région de Charlevoix est aussi à considérer pour ses magnifiques vues, à seulement une heure de Québec.

Quid de ton GR20 : à quelle période, quel itinéraire ?

J’ai réalisé le GR20 du 7 au 17 juillet 2019 en compagnie de mon partenaire de randonnée Marc Bélanger. Nous sommes partis de Calenzana vers Conca, soit du nord au sud.

Au petit matin
Au petit matin

Quel était le contexte de vouloir réaliser le GR20 ? Une préparation spécifique ?

Le GR20 était dans le collimateur depuis deux ans, Marc m’avait approché pour relever un défi de taille, faire le trek considéré le plus difficile d’Europe dans un milieu exceptionnel. La Corse était tout désignée pour livrer la marchandise et nous satisfaire !

Une belle montée
Une belle montée

Ma préparation a été très difficile pour moi, après un début d’entraînement plutôt prometteur, après 3 mois, j’ai eu une tendinite aux deux talons d’Achille. Donc, le processus de préparation a été ralenti. J’avais deux choix : empirer la blessure ou partir un peu moins en forme. J’ai travaillé le côté musculaire pour me renforcir le dos et les abdominaux et faire du vélo.

Quel équipement avais-tu emporté ?

Pour avoir fouillé beaucoup sur internet, le secret du GR est de réussir à partir le plus léger possible. Donc, ce fut pour nous un grand défi et beaucoup d’interrogations afin de minimiser notre poids. J’ai donc investi dans un sac à dos de 65 litres et un duvet plus adapté (1 livre) ainsi qu’une nouvelle paire de bottes de montagne. Nous avions tout notre équipement pour notre autonomie quasi complète. Nous nous sommes rendu compte que ma bonne vieille tente était trop lourde… mais bon, il fallait composer avec, on était parti !!!

Direction Manganu
Direction Manganu

Mes repas étaient composés de barres énergétiques pour la journée et du lyophilisé pour le dîner. Nous avons aussi fait des achats dans les refuges pour le repas du midi. Le petit-déjeuner était pris en refuge à tous les jours. J’apportais un sac de deux litres et une gourde d’un litre. J’avais un total d’environ 15 kg. Je peux vous affirmer qu’il était lourd encore !!! La nourriture est un élément qui pèse énormément dans un sac, la chose qui me motivait : plus la randonnée avancera plus on sera léger…

Le soir, j’avais une polaire et des vêtements techniques plus propres et des sandales Croc pour mon petit confort. Mon plus grand questionnement était la suivante : Le faire en espadrilles (basket) ou en bottes de montagne (bottes hautes avec support). Dans les vidéos que j’avais regardées, plusieurs personnes étaient en espadrilles. J’ai décidé d’attaquer le GR avec mes traditionnelles bottines !

Coucher de soleil - Refuge de l'Onda
Coucher de soleil – Refuge de l’Onda

Avais-tu pensé à l’aspect Sécurité en préparant le GR20 ?

Avant de partir j’avais contacté mes assurances pour vérifier si j’étais couvert advenant que le GR ne se déroule pas comme prévu. Avec l’expérience, j’avais déjà vécu plein de petits pépins lors de randonnées antérieures. La confiance régnait, on s’était gardé un 4 jours en banque en cas de problématique rencontrée. Finalement, on a pu utiliser ces journées pour visiter l’île de Beauté après notre randonnée.

Vue d'Usciolu
Vue d’Usciolu

Mais sincèrement, la journée où j’ai vraiment douté, c’est le premier jour où la température a oscillée aux alentours des 40 degrés Celsius et peut-être plus…. En tant que nord-américain, ce sont des chaleurs jamais affrontées dans ma vie. Tout ça mis avec le décalage horaire (6 heures), car nous avons atterri l’avant-veille à Nice, avons pris le traversier pour l’île Rousse pour arriver à Calenzana à 23heures, pas fermé l’œil de la nuit, un petit-déjeuner improvisé le matin… et hop ! à 7h00 on part à l’aventure… Même avec de l’expérience on fait des erreurs, on apprend à tous les jours. Probablement une journée de repos aurait fait la différence. Mais rendu dans le sentier tu avances et tu balances les regrets.

Le 9 juillet au matin en partant d’Ascu (1 422m), une grosse journée nous attendait, le gardien du refuge nous a conseillé de ne pas partir à cause de la mauvaise météo annoncée. Après réflexion, nous avons quitté quand même dans l’optique de rebrousser chemin si le temps se dégraderait. On a frappé une grosse averse de 30 minutes et après le soleil est réapparut ! À notre arrivée à Tighjettu à 1 685 mètres, nous avons été témoin d’une évacuation en hélicoptère. Cette dernière est venue chercher un randonneur italien à cause d’une défaillance de ses reins. Le pauvre homme avait l’air de souffrir. J’espère que tout s’est bien terminé pour lui. C’est lors de ces moment que tu te dis que la montagne est plus forte que toi, que tu dois la respecter et surtout de s’écouter en tant que personne.

Pas toujours facile
Pas toujours facile

Le 14 juillet, 31 km de marche entre Vizzavona et le refuge de Prati (1 820m.), on est passé d’une belle journée ensoleillée à un dernier deux heures sous une pluie glaciale et coups de tonnerre où l’énergie était en chute libre et je dirais même inexistante. À notre arrivée au refuge, le thermomètre indiquait un maigre 2 degrés. Ce soir-là, nous décidions de dormir sur le plancher du refuge. La pluie faisait rage, aucun répit pour monter notre tente, une pluie que j’ai rarement vue avec l’intensité d’une tempête hivernale du Québec. Les gens rentraient à l’intérieur pour y passer la nuit car leur tente n’avait pas tenue le coup. Ce fut une bonne décision de notre part car le lendemain tout notre matériel était sec.

Mis à part ces quelques petits soubresauts de dame nature, notre trek s’est déroulé comme prévu initialement. Des trips parfaits, ça n’existe pas, il faut une grande capacité d’adaptation pour vivre la montagne.

Aussi, j’avais une trousse de premiers soins pour les blessures, équipement primordial pour tout randonneur.

Tes impressions positives ?

Pendant notre parcours sur le GR20, l’atmosphère était positive entre les randonneurs, nous avons fait de belles rencontres et de belles amitiés se sont développées. L’entraide et la joie de vivre des marcheurs étaient palpables sur le sentier et dans les campements. Humainement parlant, ce fut l’expérience la plus grandissante que j’ai vécue en montagne.

Beau moufflon
Beau moufflon

Sur le plan physique, même si ma condition n’était pas au top quand je suis parti, je crois que mon corps s’est adapté malgré la chaleur intense qui nous frappait et qu’il est devenu plus fort et endurant. Les journées étaient de plus en plus faciles. Certainement ce fut le cas pour tous.

Ce que j’ai apprécié le plus de ce séjour : ce sont les paysages à couper le souffle dont le lac de Nino, la vue infinie sur la mer Méditerranée à certains endroits, les montées à l’aide chaînes et les passages étroits nous apportaient une belle adrénaline. Les vaches, les chevaux et les chèvres qui nous saluaient à notre passage ! WOW !

Lac de Nino
Lac de Nino

Du négatif ?

Comme rien est parfait dans la vie, il y des choses qui m’ont irrité :

À certains refuges il y avait trop de monde au point où il avait des odeurs nauséabondes, de la difficulté à placer notre tente à notre arrivée. Parfois, les gardiens de refuge étaient blasés ou fatigués ce qui affectaient leur humeur.

Vous allez me dire que rien n’est donné dans la vie, j’en conviens, mais il était dispendieux de se ravitailler dans les refuges, les prix étaient exagérés !

On avait décider de prendre le déjeuner en refuge mais pour 8 euros c’était très dispendieux pour ce que l’on avait, un petit bout de pain avec des toasts melbas (Grissol) et un chocolat chaud. Ce repas était très peu nutritif car une heure après la faim se faisait sentir…et l’énergie en chute libre.

Ton plus grand coup de cœur ?

Plusieurs choses : L’entraide, l’amitié, les décors à couper le souffle, le niveau de difficulté.

Des montées plus ardues
Des montées plus ardues

Ton étape et ton refuge préféré ?

L‘étape qui m’a amené un taux de satisfaction est celle de Ascu à Tighjettu, une belle surprise, difficile juste à souhait, parti dans l’incertitude pour y arriver rempli de confiance ! Cela nous a donné une confiance à toute épreuve.

Bocca Crucetta Tighjettu
Bocca Crucetta Tighjettu

Le refuge d’Asinau est un endroit très propre où le gardien était super sympathique ainsi que ses garçons. Le refuge de Carrozzu, le gardien très avenant (il nous a trouvé une belle place pour piquer notre tente alors qu’il y avait foule ce soir-là, sympathique, on a jasé un brin avec lui !

Une mention spéciale aux propriétaires de l’hôtel de Vizzavona qui étaient d’une gentillesse exquise. Oui, oui, on a dormi dans un lit douillet ce soir-là.

Ce sont mes coups de cœur !

Un message de remerciement ?

Dans un premier élan, j’aimerais remercier mon ami Marc avec qui j’ai partagé plusieurs milliers de km depuis toutes ces années, presque que 17 ans.

Arrivée à Conca
Arrivée à Conca

J’aimerais remercier mon ami Lucas Jodogne de Liège en Belgique, que j’ai rencontré au jour 1 sur le GR20 qui m’a aidé alors que j’avais brisé mes pantalons. Il a alors contacté son ami qui venait le rejoindre à Vizzavona. Il m’a livré un nouveau pantalon ! Merci Christophe ! J’aimerais également remercier Mary-Lise, Mathieu, Charlotte, Pierre, Anne-Sophie, Alex, Vincent, et Thibault pour leurs amitiés et présence tout au long du sentier ! J’ai eu bien du plaisir à vous connaître.

Merci Pierre, Charlotte, Mary-Lise et Mathieu
Merci Pierre, Charlotte, Mary-Lise et Mathieu

Vous êtes toujours les bienvenus au Québec !

Merci Lucas, Christophe, Anne-Sophie, Alex, Vincent et Thibault
Merci Lucas, Christophe, Anne-Sophie, Alex, Vincent et Thibault

Une astuce, que tu pourrais partager ?

Ce qui m’a permis de réussir le GR20 c’est d’avoir acquis une expérience auparavant ainsi qu’une motivation à toute épreuve mélangé d’une ténacité solide comme le roc ! Pour réussir dans la montagne, il y a une grande partie est reliée au mental. Du côté équipement, avoir allégé certains aspects de mon équipement aurait aidé à ma réussite.

La prise décision est un facteur très important : le matin du 7 juillet à Ascu, on a pris la décision d’y aller malgré la mauvaise température annoncée mais avec une dose de prudence. Si on avait pris la navette comme plusieurs randonneurs pour sauter cette étape, nous serions passés à côté d’une journée mémorable en montagne. Il faut écouter ses feelings mais en gardant le cap sur la sécurité et le gros bon sens. Se payer le soir des petites gâteries qui réconfortent le cœur ! C’est primordial d’avoir du plaisir dans ces circonstances. Cela te permet d’apprécier le voyage et de garder le moral au maximum.

D’autres conseils pour les lecteurs qui préparent le GR20 ?

Je recommande à tous les amateurs de randonnée de faire le GR20 à condition que la forme soit au rendez-vous et la confiance en soi de le réaliser également. Une bonne planification et une expérience minimale de la montagne doit être acquise.

Avant de partir, il est absolument nécessaire de tester son matériel afin d’éviter les petits inconforts mais aussi les blessures. Un bon équipement fait un randonneur heureux !

Direction Sud
Direction Sud

Si tu envisageais de refaire le GR20, changerais-tu quelque chose ?

Si j’y retourne un jour, je prendrais une journée supplémentaire pour me reposer avant de partir sur le sentier à cause du décalage horaire, question de prendre un bon rythme afin de maximiser le moral des troupes en ce début de trek.

Macro Le Lézard
Macro Le Lézard

Pour mes petits-déjeuners, je m’organiserais autrement afin de partir la journée avec l’énergie nécessaire. Pour ce qui est de l’équipement, j’essaierai d’être encore plus léger ! Je travaillerais cet aspect technique qui est primordial, selon la majorité des randonneurs.

La porte de sortie
La porte de sortie

Envie de rajouter quelque chose ?

Ce fut un extrême plaisir de partager mon expérience avec vous, randonneurs de passions et de cœur !

Nous te remercions Harold, car ton interview est d’une qualité irréprochable et comprend de si bons conseils ! Tu es un randonneur aguerri, ca fait vraiment du bien de lire ton récit et je pense que ça donne de l’envie et de la motivation à tous !

Fier de marcher
Fier de marcher

Merci aussi pour toutes tes suggestions de randonnées sur le continent nord-américain, cela donnera des idées à certains, j’en suis convaincu ! Sois de nouveau le bienvenu en Corse dès que tu peux revenir, avec un jour de repos au démarrage effectivement 😉 A bientôt Harold !

2 commentaires à propos de “Harold (Québec) randonneur aguerri – Le GR20 en juillet 2019 (+ vidéo)”

  1. Merci beaucoup au GR20 Blog pour ce partage! 👌 Merci à vous chers lecteurs 🙂 En espérant y retourner un jour🥾 Une expérience hors du commun⛰ À faire au moins une fois dans sa vie, je vous le recommande 🌞

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