Lucie du Québec – Un GR20 en toute beauté et difficulté

Bonjour Lucie, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Lucie, je suis québécoise d’origine et j’ai 42 ans. Je travaille dans le domaine de la santé depuis plus de 20 ans. Ma passion est de voyager à travers le monde, de prendre les meilleurs clichés avec mon appareil et de m’incruster dans chaque culture que je rencontre, c’est tellement enrichissant.

Sinon, je suis une passionnée de la montagne, de la course et du yoga. Je pratique la randonnée depuis longtemps …dans mon jeune temps j’ai fait le Mont Blanc en Europe, le Gran Paradisio en Italie et le camp 1 de l’Everest et plusieurs montagnes dans le Québec, l’état de New York… J’ai toujours été très sportive… ça m’aide à sortir du quotidien, le sport est une sorte de méditation pour moi.

Méditation sur le GR20
Méditation sur le GR20

Donc déjà expérimentée en randonnée ?

Oui, depuis l’âge de 16 ans où je partais faire de la randonnée en week end ou la journée. Le Mont Blanc fut sur une durée de 4 jours avec une équipe de médecins et infirmières pour amasser des dons pour la fondation du rein, une belle expérience. Ensuite, sur le même voyage, nous nous sommes fait le Gran Paradisio en Italie … Ouff ! Difficile mais magnifique.

L’Everest était un rêve depuis longtemps, réalisé en 2006 seule avec un guide népalais… quelle expérience incroyable pendant 24 jours ! Le chemin de Compostelle réalisé en 2005 pendant 33 jours fut une expérience humaine incroyable. J’ai tenté aussi la traversée du Tibet jusqu’au Népal à pieds, sur 40 jours, j’ai marché 17 jours à la sueur de mon front. Très difficile pour le côté altitude, dormir en tente la nuit à -30 dégrés… j’ai manqué d’eau et de nourriture, perdue beaucoup de poids, j’ai dû arrêter pour ma survie. Sinon, les autres montagnes furent assez cool et toujours avec le sourire.

Peux-tu nous conseiller quelques randonnées au Québec ?

Alors, des randonnées au Québec, il y en des belles, mais ce sont des petites montagnes, comme la Gaspésie ou Les Laurentides. Sinon, j’aime bien me rendre dans l’état de New York aux Adirondacks où il y a 48 montagnes à faire de la plus cool à la plus technique. Ausdi, il y a le Mont Washington dans le New Hampshire qui est à faire une fois dans sa vie. Attention de lire sur cette montagne avant de la faire, les conditions changent très vite à cet endroit.

Quid de ton GR20 : à quelle période, quel itinéraire, accompagnée ?

Je suis partie exactement le 19 juillet avec un ami Guillaume du nord au sud. Par contre, nous sommes partis de Bonifatu pour se rendre au premier refuge pour ensuite arriver à Conca.

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Lucie originaire du Québec

Quel était le contexte de vouloir faire le GR20 ? Une préparation spécifique ?

Pour ma part, ce GR20 était un rêve depuis très longtemps, c’était sur ma liste de choses à réaliser. L’année passée durant mon tour du monde, je rencontre Guillaume en Birmanie qui me dit que lui aussi voulait le faire. Je reviens au Québec et l’hiver passe et je recontacte Guillaume en lui demandant s’il était toujours partant et on conclut la date de départ le 19 juillet 2018. C’est en mars que je réserve mon billet pour la Corse et que je commence à m’entraîner au gym sur les appareils avec mon sac à dos et sur le terrain avec mon sac à dos rempli à bloc, donc ma tente, mon tapis, mon duvet etc… et du coup, vu mon équipement un peu vieillot, je décide de m’équiper tout à neuf. Chaque montagne me rend fébrile, une sorte de drogue.

A travers la Corse - Lucie
A travers la Corse – Lucie

Justement, quel matériel avais-tu emporté ?

Mon sac à dos Osprey, les meilleurs à mon avis car ils tiennent super bien sur les hanches : 55 litres. Mon duvet,  Mountain Hardwear le Hyperlamina… un des plus léger sur le marché, 1lb et 13 oZ, jamais eu froid ou trop chaud, ma tente MSR Hubba Hubba encore hyper légère (1540 g) et facile à monter et mon tapis de sol dernier cris Thermarest Utralight autogonflant.

La tente MSR de Lucie - une belle vue sur la Corse
La tente MSR de Lucie – une belle vue sur la Corse

Mes bottes montantes à la cheville de marque Salomon, Camelbak de 2 litres, pas de réchaud, ni de bouffe, comme vêtements : deux tee-shirts dont un à manches longues, deux leggings, un short, deux soutiens-gorge sport, 3 petites culottes, 2 paires de bas, un polar, un manteau de pluie, une paire de sandales pour le soir et la douche, lampe frontale, sifflet en cas de danger, savons et autres trucs de base. Avec l’eau, mon sac pesait 11 kg, c’était parfais et je n’ai manqué de rien. Pour la nourriture, tout y est dans les refuges, maintenant tout dépend de votre budget car ce n’est pas donné pour y manger chaque jour.

Ton GR20 s’est fini précipitamment suite à une blessure : peux-tu nous en parler ?

A deux jours de la fin, après avoir traversé tout ce chemin si difficile, j’ai dû être rapatriée par hélicoptère. Je me trouvais à ce moment au refuge d’Asinao.

Depuis 3 jours, je boitais de la cheville droite dû à un mauvais pas et la fatigue et les mouvements répétitifs. J’avais mal, très mal, mais je ne me suis pas écoutée et j’ai décidé de continuer à marcher, car on veut la finir à tout prix cette randonné. Un kinésithérapeute rencontré sur le chemin m’a traité du mieux qu’il pouvait. On se suivait avec sa famille. Marcher était difficile donc je compensais beaucoup du pieds gauche et Bang !! la journée avant d’arriver au refuge d’Asinao, la montée et la descente furent hyper durs donc tendinite au tendons d’Achille…

Je ne pouvais plus avancer, mon mental d’acier a fait avancer mes jambes jusqu’au refuge. Le gardien m’a vu arriver et toute suite il m’a dit : « demain, il sera impossible pour toi de continuer… » Encore là, je me dis qu’après une bonne nuit de sommeil tout ira mieux, mais non… le lendemain, c’était pire.

Je me lève, je défais ma tente avec difficulté, je rejoins tout cette gang de malade que j’ai connue au fil des jours, nous sommes une douzaine à se suivre, se soutenir… je décide de ne pas partir, je reste et les regarde partir l’un après l’autre, mon cœur est gros, puis seule au refuge, je pleure… le gardien vient me voir et me console et me dit qu’il appelle un hélicoptère, je ne te laisse pas partir ok ….

J’appelle mes assurances et le ok est lancé : l’hélicoptère arrive à 9h30 au refuge et me transporte à Ajaccio, à cet hôpital où tous les rescapés de ce GR vont. Du haut des airs, je survole ses montagnes où j’ai marché et je pleure encore … les gendarmes me consolent et me disent Bravo ! Tu as fait ça tout ça,  beaucoup de gens abandonnent à la deuxième étape.

Je suis prise en charge à l’hôpital. Verdict : élongation et micro-déchirures du muscle du pied droit et tendinite au tendon d’Achille pied gauche. Si J’avais continué de marcher, mon tendon aurait fait rupture. Sage décision de ma part – j’ai écouté mon corps malgré l’orgueil, et mon égo.

Tes impressions positives :

Ce fut une expérience inoubliable, à peine terminé et j’y pense chaque jour. J’ai même envie de la refaire, bien sûr quand je serai en forme sur mes deux pieds. Les paysages ont marqué mes yeux, c’est grandiose, parfois je m’arrêtais de marcher et je regardais autour de moi au lieu de mes pieds et je me disais « je ne peux pas croire que je suis ici dans ce décor de rêve au milieu de toutes ces montagnes, je suis si chanceuse de vivre ça »

Chemin de crête - GR20
Chemin de crête – GR20

Les rencontres sur ce GR20 furent magiques, l’échange, le partage, le respect, le soutien moral, l’aide entre chaque randonneur m’a chaviré à chaque fois. Ce partage est unique, c’est incroyable ce que l’humain peut faire dans des conditions aussi dures. Au fil des jours, le moral est de plus en plus fort, un moral d’acier… malgré la fatigue, les blessures, les nuits courtes… on s’encourage tous… c’est une expérience humaine incroyable ce GR20… jamais je n’oublierai chaque personne rencontrée.

Des impressions négatives ?

Franchement aucun regret, je n’ai rien de négatif à dire sur ce GR20. Que de beaux paysages, de belles rencontres. Les gardiens des refuges ont presque tous été sympathiques et accueillants et malgré tout en étant végétarienne j’ai mangé à ma faim : la nourriture était très bonne.

Ton plus gros coup de cœur ?

Ok… une question difficile… Je dirais toutes ces rencontres humaines et lorsqu’on arrive au refuge l’un après l’autre et qu’on se félicite et tout le monde s’aide à monter le campement des uns et des autres pour ensuite prendre une bonne bière ensemble et parler de la journée… c’est un moment unique et simple… mais qui reflète un moment de pur bonheur. C’était notre tape dans le dos à tous à chaque fois.

Bivouac en montagne - GR20 - Corse
Bivouac en montagne – GR20 – Corse

Étape et refuge préférés ?

Hum ! Il y en a plusieurs. Mais Prati a été un coup de cœur pour l’emplacement avec ses paysages.

Carrozzu pour son accueil chaleureux et son couscous incroyable. Usciolu pour ses lasagnes si gigantesques, mais excellentes. Vizzavona pour retrouver un peu de civilisation, une bonne nuit à l’hôtel dans un vrai lit et dîner au bar de la gare avec toute la gang réunie.

la-gang-une-belle-équipe-gr20
Une belle équipe : Lucie’s gang !

Un message à faire passer ?

Mon message serait de dire de ne pas trop charger vos sacs. De bien vous équiper niveau chaussures et surtout pour la pluie. J’ai vu trop de gens avec de simples souliers de ville, avec une simple couverture pour la nuit et ils ont eu très froid. On prend un duvet, c’est un incontournable – la nuit est faite pour une bonne récupération et si vous ne dormez pas, vous accumulez la fatigue. D’être prudent à la fin de la journée de marche, on a hâte d’arriver, on marche plus vite, on est fatigué et la plupart du temps c’est là que des accidents arrivent.

Je voudrais dire un énorme merci à Aimé du refuge d’Asinao pour son aide et de m’avoir convaincu d’arrêter de marcher pour ne pas empirer mes pieds.

Je voudrais dire merci à Pauline pour ses encouragements et merci à Mickael pour son aide à monter ma tente et me réserver un campement. Sans oublier Daniel un kinésithérapeute qui m’a traité les pieds sur le chemin… Merci !

Une astuce à partager ?

Mon astuce serait de partir tôt le matin pour arriver tôt au refuge et ne pas marcher sous la chaleur.

Au dessus des nuages - GR20
Au dessus des nuages – GR20

En arrivant tôt, on relaxe, on récupère et on trouve un bon campement plus facilement et à certains refuges, arriver tôt veut dire encore de l’eau chaude pour la douche … De vous étirer chaque soir, c’est primordial, ça prend 5 minutes et super bénéfique pour vos petits mollets qui travaillent fort chaque jour et écoutez votre corps quand il parle.

D’autres conseils à partager avec nos lecteurs qui préparent le GR20 ?

D’autres conseils seraient de bien lire sur les étapes à faire, de bien connaître son matériel comme savoir monter sa tente sinon vous perdez un temps fou et quand il pleut c’est quand même bien de monter sa tente rapidement. De faire et refaire votre sac avant de partir. Et surtout, si vous avez des chaussures neuves, de bien les casser avant de partir… j’ai vu des horreurs avec des ampoules sur les pieds.

Si tu envisageais de refaire le GR20, changerais-tu quelque chose ?

Honnêtement, je ne changerais rien du tout. J’avais vraiment tout bien préparé pour ce GR20. Je n’avais juste pas envisagé d’avoir des faiblesses aux pieds.

Envie de rajouter quelque chose ?

A ceux qui pensent le faire et hésitent encore… je vous encourage à le faire et à bien se préparer… une expérience inoubliable… il y a quelques jours il était impensable de le refaire et maintenant, je crois que je me lancerai à nouveau sur ce GR20.

Merci beaucoup Lucie pour ton retour d’expérience ! Je te remercie aussi d’avoir raconté ton aventure malgré une fin difficile, car cela rappelle les difficultés et les risques de ce parcours.

On te souhaite de te rétablir au plus vite afin de te revoir sur le GR20 dès que possible ! Il y a un si beau finish entre Asinau et Conca, qui offre de magnifiques paysages, paysages toujours si différents des étapes précédentes …. c’est juste un prétexte pour te faire saliver et te revoir vite en Corse 😉

A bientôt Lucie !

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