Pierre, étudiant en droit à la FAC de Lille – GR20 en juin

Bonjour Pierre, peux-tu te présenter ?

Bonjour ! Alors je m’appelle Pierre, je viens de fêter mes 22 ans, j’avais donc encore 21 ans sur le GR20. J’ai grandi à Hesdin dans le Pas-de-Calais et j’étudie le Droit à Lille.

Lac de Nino - Pierre
Lac de Nino – Pierre

J’aime la musique et le sport. Je pratique de la natation, de la course à pied et du vélo quand mon emploi du temps me le permet durant l’année (ce qui est rare). J’ai aussi fait quelques triathlons et quelques raids.

Déjà expérimenté en randonnée ?

La randonnée est une nouveauté pour moi. J’avais déjà fait quelques randonnées à la journée dans ma région mais vraiment rien de comparable au GR20.

Peux-tu nous en conseiller ?

Bien sûr que je peux conseiller quelques randonnées dans ma belle région qu’est les Hauts-de-France ! Quand j’étais petit, je prenais plaisir à partir une journée avec ma mère et ma sœur au Mont Saint-Frieux (sur la côte d’Opale) où l’on peut apercevoir des animaux en liberté. Il y aussi de très belles randonnées à faire sur le Cap Gris-Nez et le Cap Blanc-Nez, c’est magnifique ! Enfin, la forêt d’Hesdin permet aussi de faire de très belles randonnées à pied, des sorties vélo… C’est très joli aussi.

Quid de ton GR20 : Quelle période, quel itinéraire, accompagné ?

J’ai fait le GR20 dans son intégralité avec un ami de l’université. Nous l’avons commencé le 1er juin exactement de Conca et sommes arrivés sur Calenzana le 13 juin à la tombée de la nuit.

Pierre et son ami de la fac
Pierre et James

Nous avions décidé de partir en totale autonomie, nous portions donc notre tente et notre nourriture.

Quel était le contexte de vouloir réaliser le GR20 ? Une préparation spécifique ?

Pour moi, le GR20 était un bon moyen de faire tout le sport que je n’avais pas pu faire pendant l’année, prendre du recul sur l’année particulièrement difficile que j’avais eue et me prouver que j’étais capable de le faire. J’avais aussi envie de voir de beaux paysages… Je n’ai pas été déçu !

Pour préparer cette randonnée, j’ai lu un maximum de conseils sur internet, sur des sites spécialisés mais aussi dans des magazines. N’ayant jamais fait de GR, je manquais forcément d’expérience et en étais conscient.

Le mois avant de partir, j’ai essayé de faire du sport tous les jours. J’ai aussi « cassé » mes chaussures en marchant au maximum avec. La semaine avant de partir j’ai mangé riche en protéines, puisque je pensais que je pouvais en manquer durant mon séjour.

J’ai dû entendre parler pour la première fois du GR20 au mois de janvier, j’ai hésité quelques mois, puis j’ai pris mes billets début mai.

Quel équipement avais-tu emporté ?

J’avais un sac de 55 litres qui contenait une partie de la tente (mon coéquipier portait l’autre partie), la nourriture, l’eau et les tenues. Le sac pesait 15 kg et celui de mon coéquipier aussi. Nous avions passé énormément de temps à optimiser le poids du sac. Nous avions vraiment travaillé sur tous les détails pour ne pas partir avec un sac trop lourd.

Pause méritée au dessus des nuages - GR20
Pause méritée au dessus des nuages – GR20

Nous avions 1,5 l à 2, 25 l d’eau par jour (tout dépendait du nombre de sources d’eau), pour la nourriture, c’était 6 paquets de nourriture lyophilisée, de la semoule, de la polenta, du riz, des soupes déshydratés et surtout des barres choco (pour le moral) et des barres protéines.

J’avais un seul short, deux tee-shirts, un pull, un sous- pull de sport, une veste (pas Gore-Tex), deux paires de chaussettes, une casquette, un tour de cou et un pull chaud. J’avais aussi pris une cagoule et un collant de course à pied pour la nuit.

En chaussures j’avais des semi-montantes de chez Salomon. J’étais déçu par leurs semelles qui pouvaient glisser par temps humide.

Nous avions un réchaud pour deux, avec deux petites bouteilles de gaz et une popote.

Le matin, nous mangions de la poudre d’avoine avec du lait réhydraté avec de l’eau chaude et des fruits secs.

Encore des névés cette première quinzaine du mois de juin ?

Nous avons rencontré deux parties encore enneigées sur le parcours. Nous avons longuement hésité à les faire. Il y avait une navette qui permettait de faire la transition.

Prudence pour traverser les névés - suivez la trace
Prudence pour traverser les névés – suivez la trace !

Cependant, au départ un couple de randonneurs allemands (que l’on ne remerciera jamais assez) nous ont prêté leurs chaines et nous avons pu faire le GR20 dans son intégralité (avec quelques frayeurs sur l’étape de la pointe des éboulis quand même).

Les éboulis - avancée ralentie
Les éboulis – avancée ralentie

Heureusement, pour ces deux étapes, le temps était avec nous (et c’était bien les seules fois du GR).

Tes impressions positives ?

Tout d’abord, en partant, nous nous attendions à beaucoup plus souffrir physiquement. Nous pensions avoir des douleurs assez rapidement mais cela n’a pas été le cas. Aucune douleur durant le parcours, ou presque ! Cependant, moralement ça a été très difficile…et nous ne nous attendions pas à ça ! Le plus difficile a sûrement été le premier jour, qui nous a paru interminable. Le soir nous nous demandions un peu dans quoi nous nous étions engagés. Mais au fil des jours de marche nous avons trouvé notre rythme que nous n’avons plus jamais quitté.

Fonte de la neige - prudence
Fonte de la neige – prudence

Là où j’ai été le plus surpris, et mon camarade aussi je crois, ça a été les relations qu’ont naturellement les randonneurs entre eux. Nous avions vraiment l’impression de vivre dans un autre monde pendant 15 jours. Le soir, tout le monde discute de l’étape, la journée tout le monde s’entraide…. On marchait deux jours avec un groupe, on avait déjà l’impression de se connaitre depuis un bout de temps ! La notion de temps n’est vraiment pas la même sur le GR20. Les liens qui pouvaient vite se créer entres randonneurs… indescriptibles !

La météo n’a par contre pas du tout été avec nous. Même les gardiens en étaient surpris. Le premier et le dernier jour il a fait beau… Après ça a été orage, brume, grêle, pluie… Il n’a pas fait chaud !

Brouillard en montagne - Corse
Brouillard en montagne – Corse

Des impressions négatives ?

La nourriture ! C’était difficile de commencer sa journée avec de la poudre d’avoine et de la continuer avec du riz blanc ou de la semoule pendant 15 jours. Nous avions vraiment calculé notre nourriture afin d’optimiser au maximum le poids et le volume du sac, et nous avions mis l’aspect gustatif de côté. C’est d’ailleurs la nourriture qui nous a poussés à doubler quelques étapes sur la fin du GR afin de rentrer plus tôt. Je peux vous dire que je me souviendrai encore très longtemps je pense de mon premier café-croissant-baguette le lendemain de notre arrivée à Calenzana !

Ton plus gros coup de cœur ?

Comme je l’ai déjà dit, ce que j’ai préféré est vraiment l’ambiance ! En rentrant dans l’après-midi après avoir marché 6-7 heures d’affilées en moyenne, on avait parfois le moral dans les chaussettes, mais tout le monde discute, traverse les mêmes galères et se remonte le moral !

Refuge de l'Onda - GR20
Refuge de l’Onda – GR20

J’ai eu l’honneur de partager du chocolat avec un suisse que je connaissais depuis 5 minutes, le dernier jour nous avons fait un restaurant avec des randonneurs que l’on ne connaissait que depuis 2 jours, nous avons partagé un café avec un couple d’allemands à qui nous avions adressé la parole le matin même. J’avais l’impression que la difficulté dans laquelle nous avions décidé de nous mettre nous unissait et nous rapprochait et permettait de changer la notion du temps.

Ce que j’ai particulièrement aimé aussi, comme pour beaucoup de monde aussi je pense, c’est de se dire « c’est bon, on l’a fait », la fierté de l’avoir terminé, après autant de préparation et de difficultés rencontrées. Cette randonnée m’a permis de reprendre confiance en moi.

Ton étape et ton refuge préféré ?

Difficile de classer ! Mon refuge préféré est surement le refuge d’I Paliri, soit le premier pour nous. L’ambiance était vraiment particulière, les gardiens vraiment très accueillants et une vue à en couper le souffle. Le matin au réveil nous étions juste au-dessus des nuages, nous avions vraiment l’impression d’être dans un autre monde.

Premier refuge sens sud-nord : I Paliri - GR20
Premier refuge sens sud-nord : I Paliri – GR20

Mes étapes préférées sont surement les étapes enneigées, même si nous avions eu très peur durant ces journées, les paysages y sont magiques. La dernière étape d’Ortu di U Piobbu à Calenzana m’a aussi beaucoup plu, le soleil se couchait et on savait que l’on arrivait enfin !

Un message à passer ?

Je voudrais remercier particulièrement mon coéquipier d’aventure qui m’a emmené sur ce GR20 (quelle idée) mais aussi toutes les personnes que nous avons pu rencontrer sur ce sentier et que j’ai pu citer dans cet interview, elles se reconnaîtront !

Une astuce que tu peux partager avec nos lecteurs ?

J’étais fier, tout comme mon partenaire, d’avoir réussi à avoir un sac léger. Pour cela, nous avons dû faire beaucoup de compromis, choisi de laisser beaucoup de notre confort à la maison.

Tous les soirs, nous nous étirions et j’ai été surpris de voir que nous étions les seuls. Le lendemain aucune courbature ! Et nous nous échauffions avant de partir avec le sac de 15 kilos. Comme c’était notre première randonnée nous faisons attention à bien nous hydrater et nous n’avons pas bu une goutte d’alcool.

D’autres conseils pour nos lecteurs qui préparent le GR20 ?

Pensez aux bâtons ! Ils m’ont sauvé plus d’une fois, ont soulagé mes genoux je pense. En côte, on a vraiment l’impression d’être poussé et en descente ils amortissent véritablement la pose du pied. Ils permettent aussi d’éviter la chute.

Marque jaune - variante du GR
Marque jaune – variante du GR

Si tu envisageais de refaire le GR20, changerais-tu quelque chose ?

Je pense que si je refais un jour le GR20, ce serait en mode « confort » dans le sens où j’essayerais de manger et dormir en refuge pour porter un minimum et profiter (encore plus) de l’ambiance.

Envie de rajouter quelque chose ?

Ce GR20 a été pour moi une véritable révélation et leçon de vie : ambiance, rencontres, confort, nourriture… Faites-le !

La Corse en juin - GR20
La Corse en juin – GR20

Merci beaucoup Pierre pour ton retour d’expérience ! Effectivement, les étirements en montagne, comme après tout effort physique, sont importants pour éviter les courbatures et limiter le risque de claquage le jour suivant…

Bon courage pour cette nouvelle année à l’université, et si elle est aussi difficile que l’année passée, tu sais où venir l’été prochain pour décompresser et venir rattraper le manque de sport de l’année universitaire 😉

A bientôt !

A vous de laisser un commentaire !