Louis Moulenc – Accompagnateur montagne GR20 / Guide Conférencier

Bonjour Louis ! Peux-tu te présenter stp :

Bonjour, j’ai 26 ans et je suis originaire de Moltifao, un village de la vallée d’Ascu en Haute-Corse.

J’ai commencé la formation d’accompagnateur en montagne il y a 8 ans, en parallèle de mes études en BTS gestion des milieux forestiers.

Mes études terminées, j’ai d’abord travaillé comme technicien forestier contractuel à l’Office Nationale des Forêts (entre Ghisoni et le Niolu), et l’hiver dans les Hautes-Alpes comme barman…

Depuis 3 ans, je ne fais plus que de l’accompagnement de groupes, avec des formations dans les périodes creuses (langue italienne depuis 2011 puis anglaise en 2015, et enfin une licence de « Guide conférencier » cet hiver)

Peux-tu nous parler de ta profession : Guide de montagne ! Et la valeur ajoutée pour les randonneurs de faire appel aux services d’un guide de montagne.

En général, le gros de la saison s’étale de mi-juin à mi-octobre. En dehors de cette période, cela varie en fonction des années.

Pour ce qui est de l’hiver, la sortie-raquettes prend de l’importance mais cela reste tout de même occasionnel et ne dépasse pas les 10 à 15 sorties.

L’été, je travaille soit directement avec des clients d’Altezza Rando, qui est le nom de mon entreprise personnelle, soit comme partenaire/prestataire avec de plus grosses boites qui touchent plus de monde, comme Rêves de Cimes, In Terra Corsa ou encore Corsica Natura avec qui je fais beaucoup de GR 20 et de Trails.

Le GR 20 est ‘’LE MOTEUR’’ de la randonnée en Corse, mais il y a beaucoup d’autres sentiers tous aussi beaux comme les Mare e Monti sud ou nord que j’affectionne particulièrement et que j’essaie de proposer comme alternative au GR…

Prendre un guide à la journée, pour un groupe, coûte approximativement pour ce qui me concerne, entre 190 € et 260 € ; cela dépend si c’est de la randonnée ou du trail. On peut aussi compter entre 20 € et 45 € par personne pour les randos à la journée en fonction de la prestation (durée, repas, raquettes…)

Le fait de prendre un guide est une sorte d’assurance pour que le séjour se passe au mieux.

La première chose est le « plus » culture, histoire, patrimoine, faune, flore, géologie…. Mais aussi une très bonne connaissance de la montagne, de ses dangers et de ses acteurs  : gardiens de refuges, transporteurs, muletiers…

Il sera aussi en charge de :

– toute la logistique : transport, hébergement, repas…
-des imprévus plus ou moins dangereux : problèmes de réservations, désagréments liés aux intempéries, gérer une situation de crise comme un accident, coordination des secours…
– il saura ajuster l’itinéraire en fonction du niveau du groupe ou à cause de l’arrivée d’un orage par exemple.

En montagne, c’est comme en mer : La Nature est plus forte que l’Homme ?

J’aime beaucoup cette expression car j’essaie d’aborder la montagne (et la mer que je fréquente aussi beaucoup en chasse sous-marine) avec humilité et prudence ; deux qualités que j’essaie d’enseigner à mes clients et qui n’empêchent pas de se faire plaisir.

Quand tu accompagnes un groupe dont les personnes n’ont pas le même niveau, comment cela se passe ?

Dans le cas où il n’y a pas beaucoup de différence de niveau, on se cale sur le rythme des personnes les moins à l’aise. Mais il peut arriver qu’une personne n’ait pas du tout le niveau demandé pour un séjour, dans ce cas (assez rare mais ça arrive …) elle doit quitter le groupe pour des raisons évidentes de sécurité.

Il faut en effet savoir que les membres du groupe sont sous la responsabilité du guide, et qu’en cas d’accident il peut être tenu pour responsable. Cela implique entre autre de ne laisser partir personne trop loin devant ; ce qui est parfois assez difficile à faire admettre…

Si quelqu’un souhaiterait exercer la profession de guide de montagne, que lui conseillerais-tu ?

De se trouver en parallèle une activité annexe……

Te concernant, quelle a été ta plus grosse frayeur en montagne ?

Seul et avec les skis sur le dos, je faisais un petit sommet en Haute-Corse (la Punta Minuta) mais une fois arrivé sur un dévers en haut d’un couloir assez raide, j’ai fait une belle chute. Cela s’est heureusement bien terminé et j’ai pu m’arrêter quelques dizaines de mètres plus bas…  Quand elles se terminent bien, les erreurs servent d’expérience. Là, j’en avais fait plusieurs ; la première étant de partir seul…

Et inversement, ton meilleur moment de bonheur ?

Je ne pense pas avoir un seul « meilleur moment », j’en ai tant….

– Me retrouver avec deux clientes dans un des coins les plus sauvages de la vallée d’Asco, à l’écart des foules là où il ne passe plus personne depuis longtemps et où il nous est arrivé d’admirer jusqu’à 50 mouflons en une journée.

– Ou encore de marcher 5 heures dans les aiguilles de Rundinaia avec des clients et les amener dormir dans un pagliaghju (maison de berger) en parfait état datant du siècle dernier, le tout avec une vue magnifique sur le reste du massif.

– Un dernier et non le moindre, du sommet du Padru (un des plus beaux sommets de Corse selon moi) à admirer toute la Haute-Corse à 360° mais aussi les côtes françaises et italiennes depuis le massif de l’Esterel jusqu’aux Apennins !

Bien connaître la montagne Corse comme toi, cela signifie bien connaître la montagne en général ?

Il y a bien sur des constantes d’un pays à l’autre, d’un massif à l’autre. Mais, et même si l’on peut pratiquer partout en se renseignant ou en ayant pratiqué un minimum, il me semble utile et nécessaire de se faire accompagner par un guide du coin. C’est à cette seule condition que l’on aura une approche plus riche, plus intime de la face souvent cachée de chacun des sites.

Concernant le GR20, on entend bien souvent dire « Le nord est plus dur que le sud ». Qu’en penses-tu ?

Oui, c’est vrai qu’on a l’habitude de dire ça car le terrain est beaucoup plus minéral et accidenté dans le nord.

Les étapes ne sont pas énormes en terme de distance, mais on a toujours un gros dénivelé accompagné de pierriers, de dalles et de passages assez techniques demandant une certaine agilité…

Cela donne, pour la plupart des randonneurs, surtout si on est sujet au vertige, ainsi qu’en cas de mauvais temps, des journées bien plus éprouvantes que dans le Sud.

Pour toi, quelle est l’étape (ou les étapes) du GR20 que tu apprécies le plus ?

Pour moi, un des plus beaux passages du GR20 se situe entre Vizzavona et Prati car on évolue dans un milieu très rocheux jusqu’au Renosu, puis vers les Pozzi de Marmano dans une très belle forêt de hêtres. On voit aussi « le cœur » du Renosu, et d’autres petits lacs.

J’aime aussi les crêtes d’Usciolu avec une vue imprenable sur l’Italie, ou encore la zone des lacs dans la partie nord entre les refuges de Pietrapiana et Manganu.

Et ton refuge favoris ?

Ah ! Mon préféré, celui qui nous reçoit toujours parfaitement et où nous avons passé nos plus belles soirées…. Ce n’est pas un refuge mais un gîte-hôtel-restaurant :  Le Chalet à Asco tenu par Patrice Guerrini.

Mais j’apprécie aussi beaucoup les fameuses lingettes de Jean-Benoit à Ascu, la bonne humeur de Charlie à Tighjettu, les gâteaux de Marie à Ortu di Piobbu ou la bonne cuisine de Jean-Louis et Ludo aux bergeries des Croci sur le plateau du Cuscionu…

Quels sont tes conseils pour nos lecteurs qui préparent le GR20, concernant les vêtements et le matériel ?

Selon moi, les choses les plus importantes sont les chaussures et le sac à dos, car mal choisis, ils peuvent vraiment vous gâcher le séjour.

En règle générale, je conseille aux débutants de mettre des chaussures rodées (surtout pas neuves) et montantes car en cas de faux pas, elles soutiennent mieux la cheville Gore-Tex et pas forcément cuir (on en revient un peu des énormes chaussures en cuir du type Les randonneurs !) Sur le GR, j’utilise des basses, dites « d’approche », qui sont précises, légères et laissent une bonne liberté au pied. Je mets aussi de plus en plus des chaussures de trail pour les GR20 dits rapides (5 à 7 jours) ; elles sont très légères et offrent un très bon amorti pour la course, mais il faut vraiment avoir l’habitude des cailloux ! A ne pas mettre donc entre toutes les mains, pardon à tous les pieds ! 🙂

Le sac est lui aussi très important, il ne faut pas qu’il soit trop lourd. Que l’on soit en autonomie ou en sac allégé, il faut se limiter à l’essentiel (sans oublier l’eau et la nourriture). Il est aussi très important de bien le régler, car toutes ces petites sangles de serrage ont une utilité !  Il faut les utiliser !

Les bâtons sont aussi d’une grande aide pour économiser le dos et les genoux. Je les utilise pour ma part aussi bien dans les montées que dans les descentes abruptes et même sur le plat !

Au niveau des vêtements, on ne fait, pour moi, pas mieux que la laine de Mérinos. Ils régulent très bien la température, sèchent rapidement et surtout ne sentent pas mauvais à la fin de la journée… Prévoir de faire une lessive tous les deux jours, voir tous les jours ; cela évite de prendre beaucoup de rechange.

Enfin, il faut une veste en Goretex pour la pluie et le vent, à laquelle on rajoutera si besoin une à deux sous-couches chaudes, car il peut faire très froid en Corse, même en plein mois d’août !

Quels autres conseils pourrais-tu préconiser ?

De venir plutôt en juillet-août !!! Car il y a énormément de monde en juin et septembre. Les refuges sont alors souvent pleins et le GR aussi …

As-tu une astuce, une « botte secrète », qui est très utile pour une randonnée comme le GR20 que tu pourrais partager ?

Préférez les tentes que le Parc Régional et les gardiens mettent chaque année à votre disposition. On y dort souvent mieux que dans les dortoirs et sans bébêtes. 😉

En tant que « professionnel du GR20 », as-tu un coup de gueule ou un message à faire passer ?

Alors ça oui !

C’est de rappeler aux gens qui vont venir découvrir nos montagnes, de respecter les lieux en faisant surtout attention aux ordures : il ne faut jamais rien jeter par terre. Le parc commence à mettre en place des bacs de tri sélectif dans ses refuges. Ne rien jeter par terre me semble évident, mais bon …

Le problème des déchets est très important en Corse, avec ses 320 000 habitants et sa population qui explose durant la saison estivale, l’ile croule sous 160 000 tonnes de poubelles par an. Sur le GR 20, le transport des déchets se fait à dos de mulet (très dur et long) ou par héliportage (très cher).

Certains refuges sortent du lot et je pense en particulier à Ortu di Piobbu. Il est le seul, grâce à l’initiative de Marie la gardienne, à trier la totalité des poubelles et faire du compost (fermentescibles, emballages, verre …) ce qui lui a permis de diviser par plus de trois la masse des déchets non-recyclables !

D’autres initiatives comme les toilettes sèches d’Asinau tendent à rendre le GR 20 et ses acteurs plus respectueux des montagnes Corses.

Merci pour ton interview Louis !

Pour le retrouver, voici ses coordonnées :

ALTEZZA RANDO (Louis Moulenc)
Accompagnateur en Montagne / Guide Conférencier
20 218 Moltifao
Tél : 06.21.28.59.89
Email : louismoulenc-aem@orange.fr
Site internet : www.altezzarando.com

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