Dorothée de Nice – Enceinte de 4 mois et demi – GR20 Sud

Bonjour Dorothée, peux-tu te présenter à nos lecteurs stp ?

Bonjour, je m’appelle Dorothée. Je suis Parisienne, 34 ans, mariée et maman d’un petit garçon né en fin d’année 2016. On a déménagé en 2013 sur Nice pour le choix d’une meilleure qualité de vie.

Dorothée - GR20 sud - Enceinte de 4,5 mois
Dorothée – GR20 sud – Enceinte de 4,5 mois

Des randonnées que tu pourrais nous conseiller dans les Alpes-Maritimes ?

Le département des Alpes-Maritimes est idéal pour ceux qui aiment la marche. On adore (« adorait » depuis la naissance de notre fils 😉 ) partir à la journée pour faire des randonnées ; après, en conseiller une plus qu’une autre, c’est difficile, tout dépend ce qu’on recherche.

Pour des randonnées proche littoral, je peux conseiller des circuits dans le massif de l’Estérel, et des circuits entre le Cap d’Ail et Menton. Une qu’on peut conseiller tout particulièrement, c’est celle au départ de Gorbio en direction de St Agnès, le village côtier le plus haut de France, et d’en profiter pour visiter le fort et la visite des ruines du château : quelle vue !

Randonnée Gorbio Saint-Agnès - Alpes Maritimes- Côtes d'Azur
Randonnée Gorbio Saint-Agnès – Alpes Maritimes – Côtes d’Azur

Ensuite, pour des randonnées plus techniques, il y a tout le moyen et haut pays niçois, le Parc Régional des Préalpes d’Azur, le Parc National du Mercantour, la Vallée des merveilles….

Un conseil pour randonner dans le département 06 : procurez vous les livrets Randoxygène dans les offices du tourisme. Ils sont bien détaillés, avec cartographie, durée estimée, dénivelé et niveau de difficulté. Rien que pour les 3 principaux livrets (côtier, moyen et haut-pays), 150 randonnées sont détaillées. Il existe aussi d’autres livrets Randoxygène pour le VTT, le Trail et même les circuits en raquettes pour l’hiver en montagne. Ces livrets sont gratuits 🙂

Le GR20 enceinte, un pari un peu fou non ? Peux-tu nous expliquer pourquoi avoir voulu le faire enceinte ? Quel était le contexte, quid de ta condition physique à cette époque ?

Ce n’est pas tout à fait ça : je n’ai pas « voulu le faire enceinte », c’était un concours de circonstances. On voulait le faire depuis quelques années, Emeric, mon mari, m’en avait parlé. Il l’avait déjà fait en famille il y a 15 ans.

Bocca Stazzunara - Avant la descente d'Asinau
Emeric et Dorothée – Bocca Stazzunara – Avant la descente d’Asinau

On s’est dit que ça deviendrait plus compliqué de l’organiser après la naissance de notre bébé, raison pour laquelle on a décidé de le faire cette année (2016).

Muntagna Corsa
Muntagna Corsa

Par contre, pour parler du contexte, on souhaitait à l’origine le faire dans son intégralité, mais on s’est ensuite raisonné de ne faire que le sud cette fois-ci, plus accessible, puis de le refaire dans son intégralité dans les prochaines années.

Pour ce qui était de ma condition physique, elle était bonne. J’ai eu de la chance, je n’ai pas eu une grossesse difficile, juste quelques légères nausées jusqu’au 3ième mois.

J’ai continué à courir 3 à 4h par semaine jusqu’à mes 5 mois de grossesse, le GR20 à 4 mois et demi, et j’ai même pu continuer le sport après, par contre plus de course à pieds, mais des séances de vélo elliptique en salle, jusqu’à la semaine précédant mon accouchement.

En avais-tu parlé à ton médecin au préalable ?

Bien sur, j’avais posé la question à ma gynéco. Elle est suédoise et elle n’a pas tout à fait la même approche que certains gynécos français, aussi bien sur l’alimentation que sur la pratique du sport. Pour elle, je pouvais continuer de faire toute activité physique, y compris running, tant que mon corps me le permettait. Je devais juste l’écouter et, lorsque je le sentirai, diminuer, adapter ou arrêter ma pratique du sport.

Pour la randonnée, elle m’a juste conseillé de bien m’hydrater et de ne pas chuter, « si possible » 🙂

Par contre, pour la petite histoire, je me suis aperçue lors d’une consultation à mon retour de Corse, qu’elle ne s’avait pas initialement ce qu’était le GR20 : elle s’était renseignée entre temps et m’a tout de même signalée que c’était « très sportif ».

bocca stazzunara
Bocca Stazzunara

Et toi, après coup, pourrais-tu le conseiller ou le déconseiller aux femmes enceintes ?

Je ne pourrais parler que du sud, ne connaissant pas le nord.

Enceinte de combien : 1 mois, 3 mois, 5 mois …? Je ne sais pas vraiment si je suis bien placée pour le conseiller ou le déconseiller. C’est vraiment relatif, tout dépend de sa forme physique et de comment se déroule sa grossesse. Je l’ai fait à 4 mois et demi, alors oui, on va dire que je peux le conseiller, mais soyons bien clair, je le conseille pour une femme vraiment sportive, dont sa grossesse se déroule bien, et qui continue la pratique du sport en étant enceinte. Sinon, non, je le déconseille bien évidement.

Pour autant, personnellement, je l’ai réussi mais je ne le referai pas enceinte. Je n’avançais pas aussi vite qu’à mon habitude ; au lieu de faire des étapes en 5h, il m’en fallait 7h. Je n’avais pas assez de temps à mon goût pour me poser et contempler le paysage. Du coup, Emeric m’attendait souvent, quand je le rejoignais, mes pauses étaient très courtes, on repartait presque aussitôt…et dans certaines descentes, comme par exemple celle de la variante alpine de Bavella, je commençais à être gênée par mon ventre pour descendre ces grosses pierres.

aiguilles de bavella
Aiguilles de Bavella (Observez la hauteur des aiguilles en comparant Dorothée en bas d’image)

Quel type de matériel aviez-vous emporté ?

Emeric a suggéré que je ne porte qu’un petit sac à dos, pour me décharger au maximum, et lui un sac de rando, volume de 60L ; le sien pesait 14 kg au départ.

Sacs à dos - GR20
Nos sacs pour le GR20

Par contre, on s’est rendu compte que ce n’était pas un bon choix. Mon sac à dos n’était pas fait pour la randonnée, je n’avais pas de sangle au niveau de la hanche, mon sac était trop volumineux, il basculait souvent dans les descentes. Ce n’était pas agréable non plus pour mes épaules.

Emeric a regretté le sien aussi : c’était son ancien sac d’il y a 15 ans ; il l’avait trop chargé et il était trop vétuste. Il me dit que la prochaine fois, on essaiera de prendre un sac de 40L maximum chacun, et si possible de ne pas dépasser les 8 kg par sac.

Pour le matériel, chaussures de randonnée Quechua, 1 gourde chacun en alu de 1,5L, 3 changes (1 de trop après réflexion), une paire de claquette, 1 veste, 1 k-way, 1 popotte, 1 couteau, 1 tasse, et 1 bâton de marche (« fait main », trouvé et taillé dans les bois, à notre départ dans la forêt de Vizzavona).

Bâton de marche "fait main"
Bâton de marche « fait main »

Pour la nourriture, raisons secs, barres de céréales (beaucoup trop, on en a donné tellement on en avait…), des repas lyophilisés pour le soir, du pain, du fromage et de la coppa achetés en refuge.

Pour moi, c’était plus compliqué. Je suis végétarienne, donc pas de charcuterie, mais j’étais dégoûtée, je ne pouvais même pas manger le fromage corse ; enceinte, on ne peut manger que du fromage pasteurisé, je n’ai donc pas pu en prendre, alors que j’adore ça 🙁 ! Le midi, barre de céréales, fruits secs, tranche de pain, 1 fruit acheté au refuge.

Tes impressions positives :

Le meilleur des sentiments, pour moi, c’est l’accomplissement une fois terminé. Cette expérience est un réel dépassement de soi, quelle satisfaction à l’arrivée à Conca !

Vue magnifique : en haut de la variante alpine de Bavella
Vue magnifique : en haut de la variante alpine de Bavella

Passer une semaine à se vider la tête, sans téléphone, ni Internet, en communion avec mon chéri, la nature, mais aussi avec mon bébé que j’ai commencé à sentir bouger pour la première fois !

Tes impressions négatives :

Je n’ai pas d’impressions négatives, mais je relativise sur les paysages. Ils sont beaux, très beaux, c’est magnifique, mais je m’attendais à être un peu plus dépaysée, car il y a une grande ressemblance avec l’arrière pays niçois. Je n’étais jamais allée en Corse auparavant, alors je ne m’attendais pas à retrouver ces mêmes paysages.

En contrebas du Monte Incudine - avant Asinau
En contrebas du Monte Incudine – avant Asinau

Si, un seul point négatif : concernant les douches et sanitaires dans les refuges du parc …. ça pourrait être « mieux », on va dire ça comme ça 😉

Qu’as-tu préféré le plus à propos dans ton GR20 ?

Sentir mon bébé dans le ventre pour la première fois ! Dès le départ de Vizzavona, j’ai commencé à sentir des bulles dans mon ventre. A Usciolu, c’est la première fois que mon bébé se manifestait ! Il était venu s’accrocher, se coller à la paroi de mon ventre, on arrivait à distinguer sa forme sur la peau de mon ventre, c’était un moment de pur bonheur !! Bon, pour lui, il voulait peut être se manifester et nous faire passer un petit message : « Hey les parents, vous avez fini vos conneries ?!? Je suis là moi ! » 😉

La brume se leve gr20 corse
La brume se lève.

C’était génial, je n’en revenais pas de le voir si distinctement contre la peau ! On était ému, je m’en rappellerai toute la vie ; c’était au refuge d’Usciolu !

Etapes et refuges préférés ?

Pour moi, Vizzavona – Capanelle – Prati : j’ai adoré les paysages, les passages dans les bois.
Pour Emeric, les crêtes, Prati – Usciolu – Asinau.

Plateau du Coscione
Plateau du Coscione

Pour les refuges, Vizzavona et Conca pour moi : il y avait de l’eau chaude 🙂

Pour Emeric, U-Renosu. Pour la petite histoire, on était seul dans le refuge, il avait les militaires qui s’en allaient, ils y avaient installé le PC sécurité, suite à des incendies.

L'armée à U-Renosu - Incendie en cours
L’armée à U-Renosu – Incendie en cours

D’ailleurs, un jour de plus d’incendie, et on aurait du changer d’itinéraire.

Hélicoptère contre les incendies - Corse
Hélicoptère contre les incendies – Corse

Le responsable du gîte U-Renosu, très sympa, étant donné que nous étions seul ce soir là, nous a fait dormir dans une chambre de type petit studio ; c’était grand luxe comparé à d’autres refuges 🙂

Refuge d'Usciolu - Coucher de soleil sur les crêtes
Coucher de soleil sur les crêtes au refuge d’Usciolu

Et il a adoré le refuge d’Usciolu : son emplacement, ses crêtes, son cadre, et l’accueil d’Antonin avec sa myrte artisanale. Pour agrémenter les discussions entre un Corse et un Breton, un peu de myrte artisanale…. ça ne peut être que de bons moments 😉

Un moment moins agréable ?

Le lendemain. Une nuit horrible à Asinau ! On avait décidé de doubler et de ne pas s’arrêter à I Croci. Sur notre journée de 11h, on a marché réellement 10h. Ce n’est pas tant la durée de marche, mais le fait qu’arrivée à Asinau, prendre une douche froide, dans ce vent, j’étais gelée …. 🙁 Le dortoir chez Aline étant complet, elle nous a laissé une tente de secours. Il n’y avait plus de refuge sur Asinau, car il avait brulé en mars (voir article refuge Asinau). Sauf que je n’ai pas dormi de la nuit, mon matelas s’était dégonflé, j’ai dormi à même le sol contre des pierres, je n’ai pas voulu réveiller Emeric, j’ai eu très, très, très froid cette nuit là, le vent soufflait fort ; je n’ai pas du tout dormi de la nuit…

Au petit matin en me levant, j’ai craquée : Je voulais abandonner, j’étais épuisée. J’ai prévenu Emeric que je prendrai un train à Bavella, et que je l’attendrai à l’arrivée. Emeric ne me disait rien, à part tenter de me consoler, et en me motivant, il m’a même convaincu en chemin de passer par la variante alpine, pour pouvoir profiter de la vue (c’est vrai, vue magnifique en haut des Aiguilles, mais pour moi le passage de la chaîne a été difficile, je n’avais plus de force dans mes bras …)

Variante alpine de Bavella (depuis Asinau)
Variante alpine de Bavella (depuis Asinau)

Arrivée à Bavella, Emeric m’a félicité, il m’encourageait encore en encore, ça me remontait le moral… puis il a éclaté de rire : il m’a dit qu’il n’y avait pas de gare à Bavella pour rentrer en train 🙂

Pause restaurant le midi sur Bavella, puis on a repris notre marche direction Paliri. Pour moi, ça allait mieux, le plus dur était passé.

Une astuce à partager avec nos lecteurs ?

Une astuce : les habits rangés dans des sacs poubelles. Ce n’est pas lourd, et en cas d’orage, même si les sacs sont trempés, les habits et le sac de couchage restent secs. Mais on a eu de la chance, pas d’orage, juste une petite averse.

Les claquettes en plastique pour la sortie de douche et pour le soir. C’est très léger, ça ne prend pas beaucoup de place dans le sac, et ça permet de reposer les pieds le soir.

Un dernier point très important : si vous ne voulez pas être dévoré par les punaises de lit dans les refuges, prévoyez un spray répulsif anti-parasites (ça s’achète en pharmacie, il suffit de vaporiser sur les matelas, et et ça vous épargnera des démangeaisons…. !!!)

Quels conseils spécifiquement aux femmes enceintes pourrais-tu partager pour une randonnée de ce genre ?

Bien s’hydrater, être vigilante aux chutes (plus facile à dire qu’à faire 😉 )

Après, il ne faut pas penser au fait d’être enceinte. Il ne faut pas s’inquiéter d’être essoufflée plus rapidement, et surtout il faut accepter d’avoir un rythme moins soutenu qu’à l’accoutumée …et de le faire à son rythme, et non à celui de son mari ou de ses amis…

Si tu envisageais de refaire le GR20 un jour, que changerais-tu ?

– De le refaire, mais pas enceinte 🙂
– De le faire en entier.
– De ne pas porter de débardeur. Pour nous les filles, les épaules découvertes, ce n’est pas l’idéal, ni pour porter le sac, ni pour les coups de soleil…

Emeric rajoute :

– De changer nos sacs et d’en prendre des plus petits, donc plus légers, car de fait moins remplis.
– D’acheter les barres de céréales au fur et à mesure dans les refuges, et non à l’avance (pour être plus léger au départ).
– De ne prendre que 1 ou 2 plats lyophilisés par sécurité si on arrive après le service, et de prendre nos repas en refuges. Plus coûteux, mais encore une fois, plus léger pour le sac.
– De le faire en fin juin / début juillet, et non en août, pour profiter de l’eau encore présente dans les ruisseaux et vasques pour prendre quelques baignades (il y a moins d’eau en août qu’en fin juin…)

Faible débit d'eau en août
Faible débit d’eau au mois d’août

– De dormir au maximum en tente et non en refuge, pour éviter les punaises de lit, les ronflements, etc …
– Essayer de moins parler en chemin 😉 (du moins, moins longtemps avec les randonneurs qu’on croise).
– Avoir plus de temps, et plus de budget, pour profiter d’une semaine de vacances supplémentaire sur la côte, pour se reposer, visiter et passer du bon temps.
– De faire aussi des variantes et les Mare e monti et Mare a mare un jour.

Envie de rajouter quelque chose ?

Je pense en avoir dis beaucoup. Juste peut être rajouter, mais vous l’aurez sûrement compris : on reviendra le faire, c’est une certitude !

Et aussi, être enceinte n’est pas une maladie, ni une fatalité ! Alors les filles, profitez !

Emeric souhaite rajouter qu’il était fier de me raconter que pendant son premier GR20, à ses 17 ans avec son frère, ils finissaient les montées en courant … « pour que la montée dure moins longtemps ». Après cette seconde expérience, à 32 ans, il me dit que « c’est plus compliqué de courir dans les montées » 😉

Bon GR20 à tous !

Merci Dorothée pour ton retour d’expérience, il va surement être très utile pour toutes les femmes enceintes !

A bientôt donc pour un prochain GR20 😉

vaches en Corse
Sur le GR20 : de belles rencontres et des surprises !

2 commentaires à propos de “Dorothée de Nice – Enceinte de 4 mois et demi – GR20 Sud”

  1. Comment trouver les numéros de téléphone d’Aline, bergeries d’Asinau pour réserver?
    Merci

A vous de laisser un commentaire !