Aurore, stapsienne à Orléans – GR20 entre copines – juin 2018

Bonjour Aurore, peux-tu te présenter stp ?

Hello les baroudeurs / baroudeuses ! Je m’appelle Aurore, j’ai 21 ans et je suis accro au sport et aux défis ! Je fais des études en STAPS (fac de sport) à Orléans (45) pour devenir professeur d’EPS. J’ai fini ma licence et l’année prochaine je rentre en Master. Je suis également volleyeuse en nationale 2 (3ème division) et je voyage partout en France ou à l’étranger.

Aurore - GR20 - Corse
Aurore – GR20 – Corse

Déjà expérimentée en randonnée ?

J’ai toujours fait beaucoup de randos. Depuis toute petite avec mon frère et ma sœur, nos parents nous emmenaient partout. A 2 ans, je crapahutais déjà dans les rochers des calanques près de Cassis. Les calanques ont été mon terrain d’entrainement durant toute mon enfance. Pour ceux qui connaissent Morgiou, Sormiou, Sugiton, l’Œil de verre, le Saut du chat, la calanque d’En-Vau…

J’ai également réalisé des parties de Saint-Jacques-de-Compostelle : à 11 ans du Puy-en-Velay jusqu’à Conques, puis l’année d’après de Figeac jusqu’à Moissac (~200 km).

Ensuite, il y a eu le sentier de Stevenson, le tour du Queyras et la traversée du Cantal (Prochainement la traversée des Ecrins, été 2019).

Je connaissais déjà la Corse. A 4 ans, mon père m’avait promis un Twix pour me faire monter au gite de Carrozzu par la variante. Puis 15 ans après, mon père m’emmenait avec ma sœur sur le GR20 complet du nord au sud, nous promettant un Twix à chaque refuge si on avait bien marché la journée.

à 4 ans sur le GR20
A 4 ans sur le GR20 – « Mon père m’avait promis un Twix pour me faire monter au gite… »

Des suggestions de randos / sorties du coté d’Orléans ?

A part la Loire à vélo, mais je ne l’ai pas encore faite.

Quid de ton GR20 ? Quel itinéraire, quelle période, accompagnée ?

Mon deuxième GR20, je l’ai réalisé du 19 juin au 30 juin 2018, soit en 12 jours, du nord au sud et au complet de Calenzana jusqu’à Conca. Je suis partie avec 2 copines de la fac Valentine et Johanna.

Aurore, Valentine et Johanna
Aurore, Valentine et Johanna

Quel était le contexte de vouloir réaliser le GR20 ? Une préparation spécifique ?

Pour ce deuxième GR20, c’était plus un défi entre copines de fac STAPS. L’année scolaire a été dure, nos cours sont mélangés avec du sport et pour ma part, j’étais à près de 28 heures de sport par semaine avec mes entrainements de volley. Rythmé avec les soirées étudiantes, nous avons vécu cette année à 200 à l’heure, avec beaucoup de pression et de stress. L’idée est partie en décembre. J’étais avec Valentine à la BU (Bibliothèque Universitaire) et entre deux revissions, autour d’un café, on réfléchissait aux destinations possibles pour nos vacances d’été. On était d’abord partis sur l’idée de belle plage ensoleillé en Corse et l’idée du GR20 est revenue. Je savais que Valentine a toujours été attirée par l’idée d’une grande randonnée et pour ma part, refaire le GR20 antre amies était une évidence. Dans notre folie des révisions, on s’est donc projetée à faire le GR20 ensemble si on validait notre année.

Sur le toit de la Corse - une vue, quelle vue !
Sur le toit de la Corse – une vue, quelle vue !

Quelques mois après, l’idée se concrétisait, je lui montrais mes photos de mon premier GR, des vidéos… C’est plus tard, en discutant avec nos amis, que Johanna fut attirée par cette idée aussi. Se déconnecter de la civilisation, l’idée du défi, surpasser ses limites, c’est tous que 3 stapsiennes ont besoin pour leurs after-partiels. On a donc prié très fort pour avoir notre année car sinon les rattrapages pouvaient nous bloquer jusqu’en juillet et après on n’aurait pas pu partir. Le 30 juin, les résultats sont tombés et nous avions toutes les trois validées notre année ! On a aussitôt bloqué le bateau et réservé les refuges. Nous ne nous sommes pas spécialement entrainées, nous faisions du sport régulièrement à la fac.

Quel matériel avais-tu emporté ?

Pour ce qui est du matériel essentiel, premièrement les chaussures, car si on a mal aux pieds ou si on a des ampoules, le GR c’est fini, on ne peut pas avancer sans nos pieds. J’ai acheté les miennes au Vieux Campeur, des Meindl (~200€). Les chaussures avec les chaussettes, j’ai pris 4 paires, je les mettais 3 fois, c’était des spéciales randonnées avec une chaussette pied droit et une pied gauche.

Ensuite, le sac à dos, essentiel aussi car il doit être la fois léger pratique et confortable car si on a mal au dos, c’est fini aussi. Le mien, c’est un Millet 40L, assez vieux qui était à mes parents, qui faudrait, je pense, changer. J’ai prêté des Osprey à Johanna et Valentine (~200€), qui étaient beaucoup mieux adaptés. Le sac à dos devient un peu notre vie pendant le GR, c’est le seul point fixe qu’on a et il garde tous ce qu’on possède, il ne faut pas le négliger.

Fonte des neiges tardive cette année
Fonte des neiges tardive cette année

Troisièmement, la tong, très très important. Après une longue et intensive marche, les chaussures de marche, on ne peut plus les voir, et le seul truc dont on rêve, c’est de s’en débarrasser. Les pieds à l’air en tong ou dans un ruisseau, c’est le paradis.

Dans ce qui est moins important, on retrouve bien évidement le sac de couchage, il est préférable d‘en choisir un tout petit, pour pouvoir le rentrer dans le sac à dos. Ensuite, la cape de pluie, il est possible de ne jamais à avoir à la sortir mais si on tombe sur un orage, on est bien content d’être au sec avec une cape qui recouvre l’intégralité de notre corps, sac inclus.

Une frontale, pour aller aux toilettes le soir ou quand on part tôt le matin. 12 tee-shirts, 3 shorts, un sweat, un jogging (une fois arrivé au refuge pour se mettre à l’aise), un livre (de poche parce qu’il faut le porter mais quand on arrive à 12h au refuge, l’aprèm peut être longue), casquette, le strict minimum pour la toilette, une serviette toute petite fine qui prend pas de place, du PQ… Pour notre part, on était tout le temps en refuge, pas de tente. Et nous avions pris de la nourriture pour chaque soir car on reste étudiante avec des petits budgets et ça nous coute moins cher de porter la nourriture. Pour les midis, on s’est ravitaillé à Ascu, Col de Vergio et Vizzavona, on prenait des salades en boite.

Des tronçons encore enneigés en cette fin juin ?

Oui encore un peu de neige sur le sentier ! Tout d’abord de Carrozzu à Ascu (n°3), à la fin de la montée, au-dessus du lac. Sans problème si on reste sur les traces de pas, car si on en sort, notre pied peu traverser la neige et on a vu une dame se faire rapatrier en hélico car son genou est parti… Pareil sur l’ascension du Cintu mais ça se fait.

Terrain minéral - GR20
Terrain minéral – GR20

Ensuite, l’étape 7 de Manganu à Petra Piana, au niveau de la brèche du Capitellu, il a fallu contourner par la droite, on s’est fait un peu peur car si on glissait, on dévalait toute la pente jusqu’en bas. La neige est dans l’ombre, elle est donc glacée et on peut glisser facilement.

Après ça se fait, il ne faut pas avoir peur, rester bien dans les traces de pas et bien planter ces bâtons. On en a également eu un peu après avant de redescendre sur Petra Pina, je ne suis d’ailleurs faite surprise, j’ai voulu rejoindre les traces de pas un peu plus loin, c’était tout plat, j’y suis allée sans crainte et mon pied a traversé la couche de glace jusqu’à mi-cuisse. Heureusement pour moi, je n’ai rien eu, les rochers étaient plats en dessous, je me suis juste griffée mais j’aurais pu me faire mal. Surtout bien rester sur les lignes de pas, comme la neige fond, sous la glace il y a plein de creux où l’eau ruisselle et si la neige n’est pas tassée, ça peut s’écrouler.

Tes impressions positives ?

La sensation d’être coupée du monde, je crois que c’est la meilleure. Pas de réseau, pas de wifi, pas de portable, pas de moyen de charger, plus de civilisation. C’est la meilleure des sensations. On peut vraiment se ressourcer avec les choses importantes de la vie, ça fait réfléchir.

Le don de pouvoir séparer les nuages
Le don de pouvoir séparer les nuages 😉

Des impressions négatives ?

Je me suis fait mal aux genoux dès la première descente sur Carrozzu. J’y suis allée franco, en courant, comme à mes habitudes, en 50 min j’étais arrivée en bas à la place de 1h30, mais j’aurais du me ménager, sachant que le volley me fragilise les genoux l’année… J’ai fini avec une douleur sur le côté du genou. Je ne m’y suis pas trop attardée la journée, en espérant que ca passe le lendemain mais en me levant à 5h, mon genou avait gonflé. J’ai donc fini tout le GR avec le genou gauche en vrac, ce qui à la fin, m’a pesé sur le droit. Chez les sportifs de haut niveau, la blessure est ce qu’il y a de plus redoutée, de plus atroce. On se dit qu’on est encore jeune, qu’on a toute une saison à assurer, que l’équipe a besoin de nous et se blesser c’est affreux. Pas le choix, devoir finir, je suis une battante, mais l’idée de la douleur m’a un peu refroidi et j’ai pas mal galéré pour terminer, surtout quand je vois tout le monde me doubler en descente avec l’esprit compétitif que j’ai.

Résultat : tendinite au genou gauche. Surtout bien se ménager, les descentes sont traites.

Ton plus gros coup de cœur ?

C’est l’étape numéro 6 ! On est parti du Col de Vergio jusqu’à Manganu et c’est pour moi la plus belle. Après la montée, quand on bascule dans sur le plateau avec le lac Nino avec les chevaux sauvages, c’est vraiment magnifique. On se croirait dans un autre endroit, sur une autre planète (Betelgeuse pour ceux qui connaisse la BD). Tout autour, on a un paysage de rochers, très aride, et là, on tombe sur une coulée verte, avec des ruisseaux qui découpent la plaine sur tout le long.

Lac de Nino - Aurore
Lac de Nino – Aurore

Le tout avec des chevaux en liberté. Je suis une ancienne cavalière, alors forcément coup de cœur sur ce paysage avec tous ces chevaux.

Un message à faire passer ?

J’ai remarqué que de plus en plus de randonneurs réalisent le GR20 du sud au nord, car souvent j’ai entendu « on commence par le plus facile pour aller en crescendo vers le plus dur ».

Je trouve pour ma part que c’est une bêtise. A la fin du GR, peu importe dans quel sens on le fait, mais on commence à accumuler une fatigue musculaire et physique assez importante.

Autant commencer par le plus dur, quand notre corps est encore en état et encore frais pour finir plus tranquillement où la fatigue n’est pas un poids à porter en plus.

De plus que les monté que l’on réalise du nord vers le sud sont plus hard que les descentes. C’est mieux de monter en raid que descendre du raid. Je pense par exemple au Monte Cinto. L’accession est très technique, à descendre, ça doit être vraiment plus dur, le vide est très présent, on peut se faire très peur.

Ton refuge préféré ?

Mon refuge préféré, c’est celui de Tighjettu. La vue est vraiment impressionnante. On a mangé ici le midi, on avait une vue de dingue et même depuis les chambres en haut, on dort face à la montage. Le chalet est très mignon et les propriétaires très agréables. De plus, si on arrive les premiers, l’eau de la douche est chaude car elle chauffe dans l’eau du tuyau. Que du bonheur après avoir passé l’étape la plus difficile.

Un objet qui fut pratique que tu pourrais recommander ?

Pour moi, l’objet qui m’a été le plus miraculeux, c’était les bâtons. Le premier GR20 que j’ai fait, je n’avais pas de bâtons et là, mon père a insisté pour que je les prenne, il me les a rajoutés sur les côtés de mon sac à dos avant de partir et il a bien fait. J’ai vu la différence entre mon premier GR et celui-là. J’ai beaucoup moins penné. En montée, ils donnent le rythme et en descente ils permettent d’amortir la pose du pied, avec mon mal de genou, cela m’a beaucoup aidé.

Prenez des bâtons !! Je n’étais pas pour, je n’en avais jamais utilisé quand je randonnais avant, mais c’est vrai que ça aide pas mal.

D’autres conseils pour ceux qui préparent le GR20 ?

Partir tôt le matin ! On se levait à 5h et à 5h30 on était parti ! Et même parfois quand on doublait on se levait à 4h. C’est mieux de prendre ce rythme là car sinon, quand il faut marcher avec le soleil corse au-dessus de la tête, en pleine montée, sans vent, cela devient vite insurmontable. Dès 10h il peut commencer à faire chaud et à 13h, le soleil est vraiment violent, il faut mieux être arrivé au refuge avant.

Ne pas hésiter à aller se baigner dans les ruisseaux après une longue journée de marche ! Déjà pour se rafraichir mais aussi pour faire circuler le sang dans les jambes après un effort intense.

Se baigner pour faire circuler le sang dans les jambes
Se baigner pour faire circuler le sang dans les jambes

Etape 2, il faut continuer un peu après le refuge, prendre les tongs, la serviette, le maillot, faire 10-15min de marche et on arrive sur des grandes vasques sous un pont, l’eau est magnifique.

Vasques et ruisseaux - GR20
Vasques et ruisseaux – GR20

Etape 3, pareil, tong et maillot, continuer sur le GR sur 15min et on tombe sur des gros torrents et cascades. Etape 4, s’arrête un peu avant la fin, après la descente, près du ruisseau avant de remonter sur Tighjettu. Etape 6, l’eau est présente partout ! Etapes 8, après Petra Piana, en prenant le sentier par la vallée, après une bergerie (acheter du fromage, il est bon), on tombe sur un pont avec des grandes baignoires en dessous, parfait le petit bain avant de remonter !

Détente & baignade sur le GR20
Détente & baignade sur le GR20

Etape 9, toute la descente sur Vizzavona, il y a un ruisseau, avec des successions de bassins, c’est sublime.

Si tu envisageais de refaire le GR20 une troisième fois, changerais-tu quelque chose ?

Refaire le GR20 une troisième fois ? Ouiiii ! Mais cette fois-ci en 5 ou 8 jours. Chercher plus le défi physique, le dépassement de soi… Et bien sûr accompagnée, jamais seule !

Un grand merci Aurore !

Tu as tout à fait raison, il faut se ménager physiquement et être très attentif au terrain, les erreurs en montagne ne pardonnent pas, les blessures arrivent si vite sur ce terrain, nombreux malheureusement sont ceux qui doivent abandonner à causer de ces blessures…

Une suggestion Aurore pour la prochaine fois : réduis le nombre de vêtements, surtout les tee-shirts – prend en 3 et lave en 1 en roulement tous les jours par exemple, tu gagneras en poids et tes genoux te remercierons 😉

En tout cas, « jamais 2 sans 3 » ! … donc on te dit à très bientôt ! 😉 Au plaisir de te relire pour la saison 3 Aurore 😊

étonnant-rocher-corse
Elle l’a promis, elle reviendra 😉

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